Villa Charlotte : quand une image fait renaître une histoire
- Imagin'R

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Aux Sables-d’Olonne, dans le quartier de La Chaume, trône une magnifique demeure qui, pendant de longues années, a doucement sombré dans la désuétude : la Villa Charlotte.
J’ai eu un véritable coup de foudre la première fois que je l’ai découverte. Il y a des bâtiments que l’on regarde, et d’autres qui donnent immédiatement envie de pousser la porte et d’en connaître l’histoire. Charlotte appartient sans aucun doute à la seconde catégorie.
Avec son architecture élégante, sa toiture caractéristique et surtout cette étonnante verrière tournée vers l’océan, elle semble tout droit sortie d’une autre époque.

Mais le temps n’a pas épargné la demeure. Restée longtemps inoccupée, elle s’est progressivement dégradée avant d’être acquise par la Ville des Sables-d’Olonne.
Heureusement, son histoire ne devait pas s’arrêter là, aujourd’hui, la Villa Charlotte fait l’objet d’un important programme de restauration.
Son parc a notamment bénéficié du soutien de la Mission Patrimoine et du Loto du patrimoine, tandis que l’association des Amis de la Villa Charlotte participe à la sauvegarde et à la mise en valeur de ce patrimoine sablais.
Mais avant de parler de renaissance, il faut remonter le temps, car derrière le nom romantique de « Villa Charlotte » se cache une histoire assez inattendue qui commence non pas avec une femme…
mais avec des sardines.

Des sardines au « Château »
Pour comprendre l’histoire de la Villa Charlotte, il faut remonter au Second Empire.
En 1863, Laurent Tertrais, industriel de la région de Vertou, près de Nantes, installe une conserverie à La Chaume. Quelques années plus tard, entre 1864 et 1867, il fait construire à proximité cette imposante maison de villégiature.
À cette époque, la sardine fait vivre une grande partie du port. Villa et conserverie appartiennent alors à une même vaste propriété qui s’étend jusqu’aux quais du chenal.
Avec son architecture imposante dominant le quartier, la demeure ne passe pas inaperçue. Les Chaumois lui donnent bientôt un surnom :
« Le Château ».
Mais quelques décennies plus tard, l’histoire du « Château » va changer de musique.

Quand le « Château » devient Charlotte
Au début du XXᵉ siècle, Joseph Chailley et son épouse Charlotte Vormèse acquièrent la demeure. La Ville situe cette acquisition à la fin de 1906, tandis qu'une autre histoire locale mentionne 1908. Ce qui est certain, c'est que le couple transforme ensuite profondément la villa : en 1910-1911, l'architecte Antoine Sainte-Marie Perrin lui donne notamment cette silhouette asymétrique que nous lui connaissons aujourd'hui.
Et Charlotte n’est pas n’importe quelle occupante.
Violoniste virtuose, Premier Prix du Conservatoire de Paris en 1891, elle fait vivre la musique dans la demeure. Son univers croise celui de grands noms tels que Gabriel Fauré, Camille Saint-Saëns et Benjamin Godard. Dans son salon se rencontrent compositeurs, instrumentistes et artistes lyriques. Deux générations de musiciens de la famille Casadesus seront également liées à cette histoire.
Pendant près de trois décennies, Charlotte devient véritablement l’âme artistique de la maison. C'est en son hommage que l'ancienne Villa Tertrais-Chailley porte aujourd'hui le nom de Villa Charlotte.
Plus d'un siècle après, la musique est d'ailleurs revenue dans ses jardins avec le festival Les Classiques de la Villa Charlotte, organisé par la Ville en partenariat avec l'association des Amis de la Villa Charlotte.

Une Villa Charlotte à ma façon
Lorsque je suis revenu photographier la Villa Charlotte pour Studio Imagin’R, Charlotte était en plein chantier.
Terrain retourné, clôtures, environnement contemporain... difficile d’y retrouver l’atmosphère que son histoire m’avait fait imaginer.
Alors j’ai choisi de faire ce que j’aime le plus : partir du réel pour raconter une histoire.
En restant fidèle à son architecture, j’ai fait disparaître le chantier, imaginé son jardin et rouvert l’horizon sur la mer. Photographie, recherches historiques, intelligence artificielle et Photoshop m’ont permis de construire ma vision de Charlotte, quelque part entre passé, présent et imaginaire.
Cette image n’est donc ni une photographie, ni une reconstitution historique. La Villa Charlotte n’a probablement jamais ressemblé exactement à cela.
Et pourtant, un petit morceau de son histoire s’y cache.
Derrière les vitres de la verrière, presque invisible, une minuscule silhouette joue du violon.
Comme un fantôme du passé, Charlotte est rentrée chez elle. 🎻



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